Si vous randonnez dans les Pyrénées, vous avez probablement été intrigués par des tuyaux gigantesques et pas toujours très gracieux dévalant des pentes abruptes. Il s’agit de l’aboutissement d’une longue histoire de l’utilisation de l’énergie hydraulique.

Tout a commencé avec les moulines apparues au XIVème siècle qui utilisaient l’énergie mécanique apportée par l’eau. C’était des forges dont le perfectionnement n’a pas cessé jusqu’au XIXème siècle, période de l’apogée des forges à la catalane. Les forges ont disparu depuis la fin du XIXème siècle mais la force de l’eau a continué à être utilisée pour produire de l’électricité.

De multiples petites centrales électriques ont vu le jour pour alimenter en électricité les trains amenant les curistes, l’éclairage des villages puis des villes plus éloignées, et enfin les industries très consommatrice (par exemple l’aluminium à Auzat).

L’un des grands promoteurs de la “houille blanche” fut Aristide Berges (1833-1904), un ariégeois qui a su vendre son concept à l’exposition universelle de Paris en 1889

« Les glaciers des montagnes peuvent, étant exploités en forces motrices, être pour leur région et pour l’État des richesses aussi précieuses que la houille des profondeurs. Lorsqu’on regarde la source des milliers de chevaux ainsi obtenus et leur puissant service, les glaciers ne sont plus des glaciers ; c’est la mine de la houille blanche à laquelle on puise, et combien préférable à l’autre. »

Aristide Berges

L’essor industriel a vraiment démarré au XXème siècle. Lors de la première guerre mondiale, l’invasion du nord de la France a fait perdre un potentiel minier et énergétique considérable qu’on espère compenser par le développement de l’énergie hydroélectrique.

Mais ce développement s’est heurté à des problèmes techniques d’une complexité redoutable. C’est pourquoi une école d’ingénieurs dédiée à hydroélectricité a été fondée à Toulouse en 1907. Elle est l’origine de ce qui deviendra plus tard l’ENSEEIHT ( École nationale supérieure d’électrotechnique, d’électronique, d’informatique, d’hydraulique et des télécommunications).

C’est donc le siècle des grands travaux où des ouvriers fuyant la misère italienne et la guerre civile espagnole viennent travailler sur des chantiers montagnards parfois meurtriers. C’est ainsi que le 24 Mai 1939, 28 personnes sont englouties dans la terrible avalanche du chantier d’Izourt en Ariège. Le théâtre de notre plaisir de randonneur a été parfois le théâtre de tragédies!

La défit de l’exploitation hydroélectrique dans les Pyrénées Française, c’est la faiblesse des bassins versants et donc l’impossibilité d’exploiter des barrages contenant suffisamment de volume. C’est pourquoi, la méthode privilégiée est celle des conduites forcées ayant un maximum de hauteur et de débit. D’où ces tuyaux qui précipitent une grande quantité d’eau sur des hauteurs de plusieurs centaines de mètres vers les turbines d’une centrale électrique dans la vallée.

L’autre conséquence de la faiblesse des bassins versants, c’est la nécessité de réunir plusieurs bassins pour avoir un débit suffisant. D’où le percement de multiples tunnels traversant les montagnes et permettant d’additionner les débits de plusieurs bassins versants. Il n’est pas rare d’apercevoir dans nos belles Pyrénées ces tunnels fermés par de robustes grilles en fer s’enfoncer dans la roche. Si l’on mettait bout à bout la totalité de ces ouvrages sous terrains, on pourrait traverser les Pyrénées de Banyuls à Biarritz puisqu’ils totalisent plus de 400km!

Jusqu’à la fin du XXème siècle, les constructions se sont accumulées pour atteindre une puissance totale de toutes les turbines pyrénéennes équivalant à la production d’une centrale nucléaire.

Tous ces ouvrages ingénieux sont peut-être un peu disgracieux dans une nature qu’on souhaiterait le plus préservée possible, mais n’oublions pas que c’est grâce à leur existence que nous avons toutes ces petites routes sympathiques qui nous amènent en fond de vallée au départ de merveilleuses balades. Alors n’en veuillez pas trop aux ingénieux ingénieurs….

Bibliographie – L’eau des Pyrénées : Un siècle d’énergie hydroélectrique, Pierre Crausse

Aristide Berges
Conduite forcée d'Auzat
Ancienne turbine exposée au Basacle à toulouse
Barrage de Soulcem
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