A Roquefixade, un maire engagé pour la démographie de sa commune

Comme promis dans la chronique historique n°1, voici un autre texte d’Emile Darnaud, le maire de Roquefixade dans les années 1880. Il s’attaque cette fois-ci au problème de la démographie avec toujours son caractère anti-clérical, fondamentalement républicain et paternaliste mais attachant je trouve.

Ayant expliqué l’émigration, il me reste à dire pourquoi le nombre des naissances est de moins en moins supérieur à celui des décès.

De 1804 à 1863, la moyenne des naissances a été de vingt par an et celle des décès, de seize.

De 1864 à 1883, la moyenne des naissances a été de quatorze par an et celle des décès de treize.

D’où cela provient-il surtout?- Du célibat.

Sur sept hommes au-dessus de trente ans, il y en a un qui est célibataire. Sur trois femmes au-dessous de trente ans, il y en a une qui est célibataire.

Ce nombre étonnant de vieilles filles est dû à ce que, pendant cinquante-et-un ans, l’abbé Bouin s’est efforcé de persuader ses pénitentes que l’état de virginité est supérieur à celui de mariage.

Or, dans toute société, si l’esprit novateur est le partage des hommes, les mœurs routinières sont le domaine des femmes.

Et tandis que le maire poussait les hommes en avant, le curé entraînait les femmes en arrière.

Les hommes ont fait des progrès; et à Roquefixade comme partout, le paysan se transforme en cultivateur.

Voyez cet ancien sous-officier, possédant une bonne instruction primaire, et qui, après avoir fait ses cinq ans de service, est rentré dans la maison paternelle pour se livrer aux travaux des champs. Quand viennent les heures de repos, il endosse cette jaquette qui tend à devenir le costume des français de toute condition; il lit un journal; il cause. Est-ce que c’est là un paysan? Non! c’est un cultivateur.

Eh bien! à ce cultivateur qui ne porte plus la bounéto , il ne faut pas une femme portant encore la coiffure paysanne.

C’est pourquoi j’engagerai les jeunes filles à remplacer cette vilaine coiffure par une simple résille, pour danser, sous l’ormeau de la place, le jour de la fête nationale.

Grand fut l’émoi et petit le nombre des audacieuses qui se décidèrent à montrer, comme font les dames, leur belle chevelure.

Mais l’impulsion était donnée; et, la coquetterie aidant, l’usage de la résille s’est promptement généralisé.

Je n’engagerai jamais personne à faire des dépenses de luxe. Mais je crois qu’avec de l’ordre et de la propreté les plus pauvres peuvent, le dimanche, être vêtus convenablement, de manière à se présenter en égaux devant n’importe qui.

Nos jeunes gens ne sont plus des paysans, mais des cultivateurs : Très bien!

Que nos jeunes filles ne soient plus des paysannes, qu’elles soient des villageoises vêtues simplement, très simplement, mais avec goût; et alors, la moindre fille des champs, si elle sait lire et écrire, sera fort bien l’égale de la plus riche des demoiselles des villes.

Jeunes gens, ralliez-vous autour du drapeau de la démocratie que tient en main, avec calme, sagesse et modestie, l’un de vous, Jean-Pierre Sarda, déjà conseiller municipal, et pour la seconde fois.

Et vous, jeunes filles, ne faites pas comme vos aînées qui se sont trop dévotement consacrées au célibat : mariez-vous! Et, dans ce but soyez républicaines, puisque nos jeunes gens chantent avec entrain ;”Vive la République!“.

Le Passé de Roquefixade par le maire de ce village [Emile Darnaud]
Paris : G. Leroux, 1884

Ce texte donne une bonne idée de ce que devait être l’ambiance à la fin du 19ème siècle à Roquefixade, où malgré les efforts du maire, l’exode rural s’est accentué. En 2018, le solde des naissances et des décès était à l’équilibre : 1 naissance et 1 décès! Cela n’est probablement pas le genre d’équilibre qu’Emile Darnaud aurait souhaité pour sa commune au 21ème siècle…

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